Anthropic, société connue pour son modèle Claude, a dévoilé une avancée issue de son récent laboratoire de biologie de la baie de San Francisco. L’équipe a utilisé l’intelligence artificielle pour identifier un système génétique nommé ART, présent chez des bactériophages, des virus qui infectent les bactéries. Cette découverte, publiée sous forme de prépublication, n’a pas encore été relue par des scientifiques indépendants.
Une recherche automatisée d’enzymes à grande échelle
Le point de départ est une consigne simple donnée à Claude : rechercher des transcriptases inverses dans une vaste base de séquences ADN. Ces enzymes, qui recopient l’ARN en ADN, sont notamment utilisées par les rétrovirus. Environ 950 agents du modèle ont traité 210 millions de tokens en 21 heures, isolant 3 500 systèmes candidats avant d’en retenir vingt. Un de ces agents a remarqué une anomalie : à côté d’une transcriptase inverse inhabituelle se trouvait une longue série de séquences d’ADN répétées, rappelant la structure de CRISPR.
L’enzyme elle-même n’était pas inconnue, des études antérieures l’ayant repérée dans un « jumbo phage ». Mais selon Anthropic, Claude est le premier à avoir identifié l’ensemble qui l’entoure. Ce système ART réunit trois éléments : la transcriptase inverse, un gène voisin à la fonction inconnue et les répétitions d’ADN.
Une comparaison avec CRISPR prématurée
Anthropic établit un parallèle avec CRISPR, l’outil d’édition génétique qui a valu le prix Nobel de chimie 2020. Cependant, les mécanismes diffèrent : CRISPR-Cas9 coupe l’ADN à un endroit précis, tandis que la transcriptase inverse d’ART recopie l’ARN en ADN. Les premières expériences d’Anthropic montrent que les répétitions produisent une série de courts ARN distincts, ce qui suggère que le système pourrait être programmable, mais sa fonction exacte demeure inconnue.
Dario Amodei, directeur général d’Anthropic, reconnaît que l’utilité du système en biotechnologie et son importance réelle ne sont pas encore claires. Cette prudence est partagée par des experts externes : Feng Zhang, pionnier de CRISPR, qualifie ces répétitions de « vraiment intrigantes » et estime qu’elles méritent d’être étudiées. Par ailleurs, une équipe de Stanford a récemment décrit un système similaire apparu indépendamment, ce qui renforce la crédibilité d’ART tout en relativisant sa nouveauté.
Des implications pour la recherche et pour Anthropic
Cette annonce s’inscrit dans une stratégie plus large d’Anthropic, qui cherche des capitaux et prépare une entrée en Bourse. L’entreprise a déjà investi dans la biologie avec des garde-fous stricts : son laboratoire se limite aux niveaux de biosécurité BSL-1 et BSL-2, sans manipulation d’agents pathogènes humains. Les expériences sont actuellement réalisées par des humains, Claude se contentant de proposer des pistes.
La découverte d’ART illustre le potentiel de l’IA pour accélérer l’exploration de données biologiques. Toutefois, l’absence de validation par les pairs et le flou sur la fonction du système appellent à la retenue. Des précédents récents, comme une affirmation d’OpenAI sur un problème mathématique contestée par la suite, incitent à considérer cette annonce comme une piste de recherche prometteuse mais encore non confirmée.
